Déménager en colocation : droits et organisation
Quitter une colocation implique des règles différentes de celles d’une location classique. Entre le préavis, la question du dépôt de garantie et la coordination avec vos colocataires, plusieurs points méritent une attention particulière. Ce guide détaille vos droits et vous aide à organiser votre départ dans les meilleures conditions.

Le cadre juridique de la colocation
Avant de préparer votre départ, il est essentiel de comprendre quel type de bail encadre votre colocation, car les règles diffèrent considérablement.
Bail individuel ou bail collectif
Il existe deux formes de bail en colocation :
- Le bail individuel : chaque colocataire signe un contrat distinct avec le propriétaire. Il ne concerne qu’une partie du logement (une chambre, par exemple) et les espaces communs. Le départ d’un colocataire n’affecte pas les autres baux.
- Le bail collectif (ou bail unique) : tous les colocataires figurent sur un même contrat. Le départ de l’un d’entre eux a des conséquences pour l’ensemble du groupe, notamment en matière de solidarité financière.
La clause de solidarité
Dans un bail collectif, la clause de solidarité engage chaque colocataire à payer la totalité du loyer en cas de défaillance d’un des autres signataires. Cette clause est fréquente et a des implications importantes lors d’un départ.
Depuis la loi ALUR de 2014, la solidarité du colocataire sortant prend fin :
- À la date d’effet du congé si un remplaçant figure au bail
- Six mois après la date d’effet du congé si aucun remplaçant ne l’a remplacé sur le bail
Le préavis en colocation
Durée du préavis
Les règles de préavis sont identiques à celles d’une location classique :
- Location vide : 3 mois (réduit à 1 mois en zone tendue ou pour motif légitime)
- Location meublée : 1 mois
Le préavis ne concerne que le colocataire qui donne congé. Les autres restent dans le logement aux conditions du bail.
Comment donner congé
Le congé doit être adressé au propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception, acte de commissaire de justice ou remise en main propre contre récépissé. Seul le colocataire qui part doit envoyer la lettre ; les autres n’ont aucune démarche à effectuer.
Dans le cas d’un bail individuel, le congé ne concerne que votre propre contrat. Dans le cas d’un bail collectif, votre congé entraîne votre retrait du bail commun.
La question du dépôt de garantie
C’est souvent le point le plus délicat lors du départ d’un colocataire.
Bail collectif : pas de restitution immédiate
Avec un bail collectif, le dépôt de garantie n’est restitué par le propriétaire qu’à la fin du bail, c’est-à-dire lorsque le dernier colocataire quitte le logement. Le propriétaire n’a aucune obligation légale de rembourser le colocataire sortant.
Solutions entre colocataires
En pratique, deux solutions sont couramment adoptées :
- Le remplaçant rembourse le sortant : le nouveau colocataire verse sa part du dépôt de garantie directement au colocataire qui part. C’est la solution la plus simple et la plus fréquente.
- Les colocataires restants remboursent : si aucun remplaçant n’est trouvé immédiatement, les colocataires restants compensent la part du sortant.
Il est fortement recommandé de formaliser cet arrangement par écrit pour éviter tout litige ultérieur.
Bail individuel : restitution par le bailleur
Avec un bail individuel, le propriétaire doit restituer le dépôt de garantie dans les délais légaux (un mois si l’état des lieux de sortie est conforme, deux mois en cas de différences avec l’état des lieux d’entrée).
L’état des lieux de sortie en colocation
Bail individuel
Un état des lieux de sortie est réalisé pour la partie privative du colocataire sortant et pour les espaces communs. Il permet de déterminer les éventuelles retenues sur le dépôt de garantie.
Bail collectif
La situation est plus complexe. Un état des lieux intermédiaire peut être réalisé, mais le propriétaire n’y est pas tenu. Il est recommandé de :
- Demander au propriétaire de réaliser un état des lieux partiel
- Prendre des photos datées de l’ensemble du logement, y compris les parties communes
- Rédiger un document entre colocataires attestant de l’état du logement au moment du départ

Organisation pratique du déménagement
Coordonner avec vos colocataires
Déménager en colocation nécessite une bonne communication :
- Informez vos colocataires de votre date de départ dès que possible
- Convenez des meubles communs : déterminez ce qui vous appartient et ce qui reste
- Répartissez les achats communs : électroménager, vaisselle, meubles achetés ensemble doivent faire l’objet d’un accord clair
- Organisez le tri : séparez vos affaires personnelles des biens communs bien avant le jour J
Les meubles et équipements communs
Si vous avez acheté des meubles ou de l’électroménager en commun, plusieurs options existent :
- Le colocataire qui part vend sa part aux restants
- Les biens sont vendus et le produit de la vente est partagé
- Le colocataire sortant emporte les biens qu’il a payés (si possible et convenu)
Conservez les factures et tickets de caisse pour prouver la propriété de chaque objet.
Les contrats et abonnements
Vérifiez quels contrats sont à votre nom et organisez leur transfert :
- Internet : transférez l’abonnement au nom d’un colocataire restant ou résiliez-le
- Électricité et gaz : si le contrat est à votre nom, demandez un changement de titulaire
- Assurance habitation : résiliez votre contrat ou modifiez-le pour votre nouveau logement
- Abonnements partagés (streaming, presse) : convenez de la suite à donner
Trouver un remplaçant
Le bail peut exiger ou non l’accord du propriétaire pour l’arrivée d’un nouveau colocataire.
Les obligations selon le type de bail
- Bail collectif : le propriétaire doit donner son accord et un avenant au bail doit être signé pour ajouter le nouveau colocataire et retirer le sortant.
- Bail individuel : le propriétaire gère l’arrivée du nouveau locataire indépendamment de votre départ.
Conseils pour faciliter la recherche
- Publiez une annonce sur les plateformes spécialisées (La Carte des Colocs, Roomlala, Leboncoin)
- Décrivez précisément le logement, le loyer, les charges et l’ambiance de la colocation
- Proposez des visites en présence de vos colocataires
- Prévenez le propriétaire dès qu’un candidat est retenu
Checklist de départ en colocation
Voici les étapes à suivre dans l’ordre :
- Informer vos colocataires de votre décision
- Envoyer la lettre de congé au propriétaire
- Trouver un remplaçant (si nécessaire)
- Régler la question du dépôt de garantie entre colocataires
- Répartir les meubles et équipements communs
- Transférer les contrats à votre nom
- Réaliser l’état des lieux de sortie
- Mettre à jour votre adresse auprès des organismes
- Effectuer le déménagement
- Remettre les clés au propriétaire
FAQ
Mon propriétaire peut-il m’empêcher de partir si mes colocataires ne trouvent pas de remplaçant ?
Non, votre droit de donner congé est absolu et ne dépend pas de la recherche d’un remplaçant. Le propriétaire ne peut ni refuser votre congé ni vous obliger à rester tant qu’un successeur n’est pas trouvé. En revanche, avec un bail collectif, la clause de solidarité peut vous engager financièrement pendant six mois après votre départ si aucun remplaçant n’est inscrit au bail.
Dois-je payer le loyer pendant mon préavis même si je suis déjà parti ?
Oui, vous êtes redevable du loyer pendant toute la durée du préavis, que vous occupiez ou non le logement. La seule exception est si un nouveau colocataire prend votre place avant la fin du préavis, avec l’accord du propriétaire et la signature d’un avenant au bail.
Comment répartir les charges impayées entre colocataires ?
Les charges locatives sont dues par l’ensemble des colocataires solidaires. Lors de votre départ, demandez une régularisation des charges au propriétaire. Si ce n’est pas possible immédiatement, convenez par écrit avec vos colocataires d’un mode de répartition pour la régularisation annuelle future.
Puis-je sous-louer ma chambre en attendant la fin de mon préavis ?
La sous-location n’est possible qu’avec l’accord écrit du propriétaire. Sans cette autorisation, la sous-location est interdite et peut entraîner la résiliation du bail. Le loyer de la sous-location ne peut pas dépasser le montant de votre part de loyer.